La Pitié-Salpêtrière teste la télépathologie en temps réel

PARIS, 22 octobre 2010 (TICsanté) – Le service d’anatomie et cytologie pathologiques (ACP), de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), expérimente une solution de production et de partage en temps réel des lames virtuelles, présentée lors des 19èmes journées nationales de l’association des technologies de communication hospitalières (Athos), le 7 octobre à Saint-Raphaël.

Le service d’ACP de la Pitié-Salpêtrière est le laboratoire d’une offre industrielle développée par la société Tribvn et l’opérateur Orange. Cette dernière permet une « mise à disposition immédiate » de lames virtuelles pour l’expertise ou le diagnostic à distance. Les images sont acquises par scanner et analysées à l’aide du logiciel ICS Framework de Tribvn. Elles sont ensuite sélectionnées par les pathologistes de la Pitié-Salpêtrière et archivées sur un serveur fourni par l’AP-HP. Enfin, les images sont consultables en streaming depuis la plateforme collaborative sécurisée Case Conferencing d’Orange, explique Jean-François Pomerol, directeur de l’activité d’imagerie médicale de Tribvn, dans un entretien à TICsanté. A l’instar de la navigation dans Google Earth, « l’expert peut choisir ce qu’il télécharge, le serveur n’envoie que ce qui est demandé », précise-t-il. L’analyse préalable de l’image peut assister la recherche de points spécifiques.

La technologie d’Orange assure la compression et la décompression du fichier « sans perte de qualité et le rafraîchissement de l’écran ne prend que quelques secondes », atteste-t-il. De plus, Case Conferencing autorise l’examen simultané d’une lame virtuelle par plusieurs pathologistes. Chacun d’eux peut « prendre la main » à tour de rôle. Ils peuvent aussi assister en direct à la manipulation effectuée par son confrère. Les experts peuvent ainsi confronter instantanément leurs avis en ligne par écrit, de vive voix, voire en visioconférence. Ce procédé est particulièrement indiqué pour les examens extemporanés, par exemple dans un contexte per-opératoire. Il complète l’application Teleslide de Tribvn, utilisée à la Pitié-Salpêtrière depuis 2005. Cette dernière repose sur un autre portail sécurisé où les images sont intégralement chargées et accessibles à plusieurs utilisateurs en même temps, sans interactivité toutefois. Teleslide est plus adapté à un mode d’expertise en différé. En effet, la durée de transfert d’une lame virtuelle, dont la taille dépasse aisément le gigaoctet, excède parfois 30 minutes. « Une image couleur agrandie est plus lourde qu’un scanner du corps entier », indique le Pr Frédérique Capron, chef du service d’ACP de la Pitié-Salpêtrière.

Les deux solutions sont interfacées avec le système de gestion de l’information du laboratoire (Diamic, de l’éditeur Infologic-Santé) et le serveur de gestion des identités (Gilda, de SQLi). Des liens similaires avec le dossier patient du nouveau système d’information clinique (Orbis, d’Agfa Healthcare) sont en projet. Néanmoins, aucun réseau structuré de télépathologie ne relie la Pitié-Salpêtrière aux 23 autres services d’ACP de l’AP-HP. « Nous en avons tous la possibilité, mais actuellement, la télépathologie entre sites se fait de façon non introduite dans le dossier patient », constate le Pr Capron.

Un groupe de travail de la collégiale des pathologistes réunit depuis fin 2009 « ceux qui ont un intérêt dans la télépathologie et qui sont volontaires pour monter un projet avec d’autres moyens que ceux, de bric et de broc, obtenus pour des expériences », signale-t-elle. Ces services souhaitent mettre en œuvre « un gestionnaire d’échanges pour formaliser et tracer » leurs actes distants. Ils recherchent « un financement extérieur pour aller au-delà du refus motivé par le manque de moyens. Enfin, ils souhaitent prouver à la tutelle que l’on peut améliorer la précocité du diagnostic », poursuit-elle. A terme, cette « plateforme commune » serait « un bon moyen d’avoir un réseau de télémédecine à l’échelle de la région« , prédit-elle. « Nous devons persuader l’institution que c’est intéressant pour elle. C’est difficile, mais nous sommes convaincus. Nous prendrons le temps qu’il faut », assure-t-elle. Pour Tribvn, « le partage d’images médicales est une activité historique, mais pas encore significative », affirme Jean-François Pomerol. « Quelques laboratoires privés se renseignent », mais l’ACP est « un marché à évolution lente », frappé de surcroît par « la pénurie hospitalière », ajoute-t-il. Les premières « répercussions économiques » devraient survenir « d’ici deux ou trois ans », prévoit-il. La société revendique environ 300 installations en France, en grande majorité dans les établissements publics.

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